Politiques et médias sociaux : on cherche des fans mais pas des partisans

Lors d’un précédent article (Web 2.0 : un outil électoraliste ?), il y a plus d’un an, je dressais un bilan plutôt négatif de l’utilisation des médias sociaux par les candidats et les partis politiques. Leur objectif restait de faire du web 2.0 un outil électoraliste en utilisant des méthodes traditionnelles et/ou extrêmement mal adaptées aux médiums. Plus largement, leur identité numérique était négligée et contre-productive. On donnait aux internautes l’impression de

profiter d’eux, de vouloir les utiliser, les crosser un peu plus.

Aujourd’hui, en France, les médias sociaux politiques ont du mal à décoller. À droite, l’UMP, parti de Nicolas Sarkozy, fait le bilan négatif de sa plateforme les Créateurs de possible et annonce sa fermeture. À gauche CooPol semble plus actif mais n’est pas non plus un modèle de succès phénoménal. Si certains pointent une différence de culture politique entre la droite et la gauche comme la raison de l’échec des Créateurs de possible, il serait réducteur de n’y voir que cette raison. Les objectifs des médias sociaux pour les partis politiques ne sont pas forcément très clairs pour les partis eux-mêmes et ne correspondent pas au fonctionnement traditionnel des partis (prises de décision, relations de pouvoir à l’interne, différences entre membres et non-membres, etc.), ni à leur raison d’être (porter au pouvoir des idées, des projets, voire des groupes d’intérêt). Le mémoire de recherche de Vincent Lemaire, Militants 2.0, pose bien toutes ces questions.

Le 7 février, le Parti libéral du Canada (PLC) lançait au Québec une campagne tournée vers les Médias sociaux. La stratégie repose essentiellement, pour ne pas dire uniquement, sur du viral : des vidéos en français autour du thème “Harper, pucapab”. Twitter et Facebook sont utilisés. Sur Facebook, une page a été créée. Le contenu repose essentiellement sur le contenu viral produit par le PLC et sur des informations jugées pertinentes par le même parti. L’objectif est au final très traditionnel tout comme le contenu. La nouveauté tient surtout au viral. Mais tout ce qui est gestion de communauté, échanges, productions de contenu collectif et qui sont des éléments importants des médias sociaux sont évacués. On cherche des fans, pas des personnes qui s’engagent. On cherche des électeurs, pas un vrai mouvement citoyen.

Une fois encore, si les partis politiques ont bien compris l’importance des médias sociaux pour rejoindre des électeurs et faire circuler leurs idées, ils laissent toute une partie de ces médiums de côté pour se cantonner à de la communication politique traditionnelle. À mon sens, il y a une vraie opportunité pour ceux d’entre eux qui sauront profiter de toutes les facettes des médias sociaux et mettre en place un vrai dialogue, une réelle réflexion collective. Mais pour cela, il faudra que les partis repensent leurs méthodes de fonctionnement interne et de communication.