Le 2 avril 2011, de 10h00 à 12h00, à l’UQAM, aura lieu une conférence très intéressante sur le rôle des médias sociaux dans les mouvements révolutionnaires qui ont fait sauter les régimes autoritaires en Tunisie et en Egypte et en secouent d’autres à travers le monde arabe. Cet évènement prend place dans le cadre des Journées de la Tunisie Nouvelle. À l’occasion un compte twitter a été créé et les personnes intéressées pourront suivre ce qui se dit sur ces Journées grâce au hashtag #jtn.
Veuillez noter que la conférence sera normalement retransmise en direct sur le web. Les personnes intéressées par cette question pourront donc la regarder depuis Tunis, Le Caire, Benghazi, Paris, etc.
5 invités nous feront part de leur expérience de dissidence et d’activisme en Tunisie mais aussi en Arabie Saoudite.
- Z | Caricaturiste qui a d’abord publié sur un site, un blogue puis qui a utilisé Facebook pour diffuser ses dessins
- Sofiene Guerfali | un des fondateurs du site Nawaat
- Houssein Ben Ammeur | fondateur de l’agrégateurs Tn-blogs
- Sami Ben Romdhane | fondateur de l’agrégateurs de tweets Tnlabs
- Wajiha Al-Houweider | cyberactiviste saoudienne se battant pour le droit des femmes et pour la démocratie en Arabie saoudite
Cette table ronde rendra également hommage à Zouhair Yahyaoui, fondateur du site TunEzine, qui fut un des premiers cyberactivistes de Tunisie, voire du monde arabe.
45 minutes d’échanges entre la salle et les intervenants sont prévus. Et j’aurais personnellement le grand honneur d’animer cet évènement.
Force est de l’admettre, si les médias sociaux sont dans les pays occidentaux et démocratiques des outils de loisirs ou de travail, leur rôle politique est souvent sous-estimé voire restreint et électoraliste. Le buzz, le viral et les réseaux peuvent orienter les prises de décision d’un gouvernement, faire tomber un ministre, jouer un rôle prépondérant dans une campagne électorale. Mais la liberté d’expression existant pleinement dans ces sociétés, ils ne jouent pas ce rôle libérateur, mobilisateur de tout un peuple opprimé ; cette étincelle qui a permis à la révolution jasmin d’exister, d’aboutir et de dépasser les frontières de la Tunisie. La situation en Tunisie a été une première mondiale. Les gouvernements autoritaires s’en méfiaient. La Syrie avait interdit l’accès à Facebook en décembre 2007.
Quel est vraiment le rôle des médias sociaux dans les révolutions arabes ? Comment peut-on le définir ? Comment des cyberdissidents actifs en Tunisie ou dans la diaspora tunisienne ont utilisé ces médias sociaux et ont perçu leur rôle, leur force ? Mais aussi quel est leur avenir dans les révolutions à mener dans les autres dictatures qui ne sont pas encore tombées et qui résistent de part le monde ?
Les intervenants replaceront certainement les médias sociaux dans leur contexte et dans la réalité d’un mouvement de protestation et de dissidence plus ancien. Des mouvements de révolte avaient déjà été écrasés et réprimés au printemps 2008 : en Tunisie, en Égypte, en Algérie et au Maroc. Mais contrairement à 2011, les médias sociaux étaient moins présents, moins utilisés par la population. Comme le disait l’historienne Catherine Lacour-Astol, Facebook ou Twitter ne créent pas la flamme. Ils sont l’un et l’autre des vecteurs… mais de quelle manière ?
En cette fin de mois de mars 2011, la Syrie est touchée à son tour. La répression est sanglante à Deraa. Mais, élément intéressant, début février, Facebook était à nouveau accessible en Syrie. Le gouvernement pensait surement que dans le contexte de révoltes de début 2011, desserrer la pression et la censure calmerait les esprits… là encore les médias sociaux semblent avoir montré leur force de mobilisation qui a conduit aux évènements de Deraa. Le régime de Damas semble bien l’avoir compris puisque le journal gouvernemental Al Watan appelait ses soutiens à agir pour mettre en place la contre-révolution. Il écrivait : “Nous devons donc agir dans les rues, dans les mosquées, dans les cafés et les restaurants, sur Internet et sur les chaînes de télévision satellitaire”.
Dans cette citation, on retrouve le premier espace traditionnel du contrôle autoritaire : les espaces publics. De Napoléon à Staline, on retrouve cette volonté de contrôler ce qu’il se dit dans les lieux de rencontres, dans la rue. On rencontre également le média traditionnel la télévision. Pourtant cette fois, c’est une télévision incontrôlable, la télévision arabe libre comme Al Jazeera ou occidentale, reçue par les satellites. Mais finalement l’Internet, et surtout les médias sociaux, complètent ce triptyque car elles permettent :
- de mobiliser à l’intérieur du pays, d’y faire circuler l’information normalement censurée
- de faire sortir l’information du pays pour qu’elle soit relayée par les télévisions satellitaires. Si l’information ne sort pas du pays, ces télévisions ne peuvent rien dire sur ce qu’il s’y passe.
La veille un autre évènement du même genre a lieu à McGill mais sur l’Iran.
http://www.mcgill.ca/channels/events/item/?item_id=172565