Campagne fédérale 2.0 : le cas de la circonscription Jeanne-Le Ber

Il ne reste que quelques jours de campagne pour les élections fédérales d’avril 2011. Comme je le fais régulièrement, je tente d’analyser l’utilisation des médias sociaux, du web 2.0 par les partis politiques et leurs candidats. Cette fois, j’ai choisi les candidats de ma circonscription : Jeanne-Le Ber. Ils sont 4 à s’affronter. Par ordre alphabétique : Tyrone Benskin (NPD), Mark Bruneau (PLC), Pierre Lafontaine (PCC) et Thierry St-Cyr (BQ).

Comme dans toutes les élections de ces dernières années, l’Internet et les médias sociaux sont un outil essentiel pour rejoindre les élections. Mais comment ces 4 candidats les utilisent-ils ? Ont-ils les bonnes méthodes ? Savent-ils s’en servir ?

1 – Quelles plateformes ?

Tous les candidats utilisent une plateforme du genre blogue. Il reste que pour le candidat du NPD et pour celui du parti libéral, la plateforme est fournie et hébergée par le parti. Cela leur laisse peu de liberté. Néanmoins, Mark Bruneau a tout de même acheté un nom de domaine à son nom qu’il fait pointer vers l’espace que lui fournit son parti. Il y a de l’idée.

Thierry St-Cyr, candidat sortant, dispose logiquement de son propre site. On peut comprendre qu’en tant que député il ait eu à gérer un espace lui appartenant, sur lequel il a pu afficher ses actions en tant qu’élu.

Pierre Lafontaine, quant à lui, a mis en place une stratégie originale, et pour tout dire, bien pensée. Il a son propre espace, un blogue. Mais son originalité tient dans le nom de domaine qu’il a acheté : jeanneleber.ca du nom de la circonscription. Une très bonne idée pour tenter de mieux sortir dans les moteurs de recherche quand on cherche de l’information sur Jeanne-Le Ber. Pierre Lafontaine a également un site à son nom qui renvoie vers la même plateforme.

Mark Bruneau a également un site au nom de la circonscription Jeanne-Le Ber mais il est en .org. Il s’agit d’un site étrange qui annonce “candidats circonscription Jeanne-Le Ber” mais qui ne fait de place qu’à Mark Bruneau sur sa seule et unique page. Malheureusement pour Pierre Lafontaine, ce microsite de M. Bruneau sort sur la première page des résultats Google lorsqu’on tape le nom de la circonscription, contrairement au sien.

2 – Médias sociaux : Facebook avant Twitter

Facebook est le grand gagnant. C’est normal, il s’agit du média social le plus important qui touche la plus grande partie de la population. Les 4 candidats sont présents sur Facebook. Ils ont leur propre profil mais ils ont concentré leur action sur une page à leur nom.

Le candidat conservateur est celui qui utilise le moins ce média social. Il n’a qu’un seul fan : lui-même. Peut-être serait-il de bon aloi de, tout simplement, la supprimer. Tyrone Benskyn ne recueille que 128 fans, derrière Thierry St-Cyr (174) et Mark Bruneau (279).

Et Twitter ? Ils ont du mal à en voir l’intérêt. On ne rejoint pas facilement des personnes. On ne sait pas non plus qui on rejoint. Il est aussi difficile de se plier à la règle des 140 caractères. Pour l’homme politique qui n’a rien du geek, Twitter est nébuleux.

Ainsi, Tyrone Benskin, sur son blogue, laisse la place aux Tweets du chef de parti Jack Layton, mais n’a pas lui-même de compte Twitter.

Par contre, ses concurrents ont pris le risque d’aller directement sur le site de microblogging. Leurs communautés sont différentes. Pierre Lafontaine n’a que 17 abonnés. Mais sur un compte actif depuis le 12 avril, il a plus de 80 tweets à son actif. Il tweet en français et en anglais. Mark Bruneau dispose de 127 abonnés mais n’a que 28 tweets, dont le plus ancien date de septembre 2010. Il n’a donc eu que 9 tweets depuis le début de la campagne… Mais le champion de la circonscription est Thierry St-Cyr. Le candidat du bloc a 242 followers. Sur les 151 tweets a son actif, plus de 90 ont été faits pendant la campagne.

Notons également que Pierre Lafontaine suit ses concurrents sur Twitter mais que seul Thierry St-Cyr le lui rend bien.

Dès lors si Facebook est l’incontournable, les candidats ne négligent pas Twitter.

3 – Contenu : la description avant l’idée ?

Mais venons en au contenu. Dans un précédent article, j’avais souligné la pauvreté du contenu de candidats sur les médias sociaux. Sur Twitter, on trouve toujours les traditionnels : je suis rue machin et je rencontre des électeurs. C’est un contenu pauvre mais qui peut être intéressant sur l’instant et s’il n’est pas le seul type de contenu présent. Disons le clairement, Mark Bruneau est celui qui utilise le plus ce genre de contenu. Et comme il a jumelé son twitter à sa page Facebook, son contenu Facebook est tout aussi plat.

Pour que le contenu de ce genre soit digérable, il faut du contenu plus pertinent, plus construit : des idées, des projets, des prises de position. Thierry St-Cyr a bien compris cette nécessité. Il attaque, dénonce, dit ce qu’il pense et ainsi, génère de l’intérêt.

Pierre Lafontaine est également dans la même disposition. Oui, il dit ce qu’il fait, mais il n’hésite pas à dire ce qu’il pense.

Sur Facebook, le contenu pertinent reste encore à trouver. Pierre Lafontaine n’a qu’une seule publication sur son mur : un évènement pour venir le rencontrer. Mark Bruneau reste égal à lui-même et ne fait que du descriptif. Thierry St-Cyr quant à lui est totalement muet sur sa page Facebook. Depuis le 4 avril, rien n’y a été publiée.

Le plus actif sur ce média est clairement Tyrone Benskin. Il (ou son community manager ?) publie de nombreuses informations, plusieurs fois par jour.

Notons aussi qu’il n’y a aucun lien de fait entre les sites/blogues des candidats, pourtant mis à jour et disposant d’un contenu un peu plus relevé et leurs pages Facebook ou leurs compte Twitter. C’est la principale erreur de leur stratégie. On a du multiplateforme mais au lieu de les relier et de générer de l’intérêt, du trafic, on les sépare comme si ces espaces n’avaient rien à voir les uns avec les autres.

4 – Contenu : le national avant le local ?

Ce qui est le plus décevant c’est l’absence de question locale dans les différentes plateformes tenues par ces candidats. Tyrone Benskin, très actif sur Facebook, ne laisse la place qu’à des articles et des informations qui ne concernent pas directement sa campagne, ni sa circonscription. Son contenu est tourné vers le national.

Sur leur site, les candidats abordent la question du Pont Champlain (qui dépend du Fédéral), mais il y a bien d’autres problématiques à développer et à relier à la réalité des électeurs de Jeanne-le-Ber ? Les candidats ont bien des projets concrets, connaissent bien leur circonscription ? Pourquoi se bornent-ils à rester aussi loin de la réalité ? Pourquoi ne traitent-ils pas plus du local ?

5 – Echange ? Communauté ? C’est quoi ça ?

Sur les médias sociaux, l’important c’est de créer une communauté en créant du dialogue et des échanges avec ses fans, ses followers.

Notons que sur les blogues respectifs des candidats, seuls ceux de Thierry St-Cyr et de Pierre Lafontaine autorisent les commentaires. Le site de Mark Bruneau repose essentiellement sur un contenu statique. Quant à celui de Tyrone Benskin, il n’y a aucun espace de commentaires.

Sur Facebook, c’est le même problème. On ne cherche pas à discuter ou à échanger. On publie simplement de l’information.

Reste que sur Twitter, Pierre Lafontaine, mais surtout Thierry St-Cyr, sont plus dans l’interaction. Ils retweetent, publient des articles, discutent avec leurs followers.

Néanmoins, le constat est clairement celui d’une communication traditionnelle appliquée aux médias sociaux. Pas de contenu adapté, pas de liens probants entre les plateformes, pas d’échanges et de discussions.

6 – L’identité numérique des candidats en présence

Maintenant pour conclure, jetons un bref regard à l’identité numérique des candidats. Tyrone Benskin ressort avant tout comme un acteur. Son action politique n’apparaît qu’à la deuxième page des résultats Google. Son site de campagne ne sort qu’en troisième page. On peut s’interroger sur les pratiques SEO sur les sites de candidats hébergés par le NPD.

Mark Bruneau apparaît avant tout comme un candidat libéral, presqu’un politicien de carrière. Il est même présenté comme l’espoir du parti libéral au Québec.

Comme lui, Thierry St-Cyr ressort comme un cadre important du Bloc dans la circonscription. Son statut de député sortant lui donne une certaine crédibilité.

La candidature de Pierre Lafontaine apparaît en bonne position dans les résultats Google. Mais il n’a pas encore l’assise politique d’un Mark Bruneau ou d’un Thierry St-Cyr, dès lors son nom est relié à d’autres personnes avec lesquelles il n’a rien à voir…

Quelles sont les bonnes pratiques ?

1 – Être présent avant la campagne

Une identité numérique ça se construit mais pas seulement la veille de la campagne. La nomination des candidats se fait parfois au dernier moment et dans ce cas précis elle a pu être précipitée.

Mais un candidat devrait être présent au moins 6 mois à l’avance pour préparer le terrain, pour construire son image et pour s’exprimer. C’est également nécessaire pour développer une communauté active.

2 – Avoir une stratégie multiplateforme cohérente

Lorsqu’on est sur Facebook, Twitter et qu’on a également un site ou un blogue, il faut avoir une vision stratégique englobant toutes ces plateformes. Elles doivent être inter-reliées et répondre à des objectifs clairs.

3 – Avoir un plan de communication

On ne peut pas communiquer au jour le jour dans une campagne ou selon les humeurs du candidat ou de son directeur de campagne. L’agenda de la campagne est connue : on doit baser son plan de communication sur lui. Et surtout, on doit avoir des publications clairement identifiées et planifiées.

4 – Choisir différents types de contenu

Aujourd’hui, on ne peut pas uniquement faire du texte ou se reposer sur les articles de presse. Le candidat et son directeur de campagne doivent créer du contenu textuel optimisé pour le référencement mais aussi ne pas hésiter à produire des vidéos ou des podcasts audio qui sont très bons pour la diffusion virale sur les médias sociaux.

5 – Publier et véhiculer des idées

Dire qu’on a fait du porte-à-porte sur son Twitter ou sur son Facebook, c’est bien beau, mais ça ne dit rien. On ne peut pas s’attendre à ce que les médias sociaux jouent un vrai rôle de mobilisation dans une campagne si la nature du contenu reste pauvre et aussi peu motivante.

Normalement, un projet politique repose sur des idées, des valeurs et un vrai programme. Il faut alors communiquer sur ces éléments, argumenter, montrer leur force et les conséquences.

6 – Être présent après la campagne

Que va-t-il se passer après cette campagne ? La plupart des candidats vont cesser d’alimenter leur page facebook, leur profil et leur site/blogue. Or, cela accentue l’impression auprès des internautes qu’on a essayé encore une fois de leur prendre leur vote mais pas de s’intéresser à eux.

Si les candidats sont motivés pour réellement agir localement et défendre leurs idées, la campagne est un moment important mais pas tout. Il est nécessaire pour eux de diffuser leurs idées et d’agir sur le web après la campagne. Il y va de leur crédibilité… et peut-être de celle de la démocratie.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>