Un des premiers critères utilisés pour mesurer le succès d’un média social est bien souvent le nombre d’inscrits, donc d’utilisateurs potentiels. Si l’on en croit les chiffres et beaucoup de ceux qui surestiment ce critère de succès, Google+ est en passe de devenir le premier média social du moment. En à peine deux mois d’existence, il a explosé les chiffres de Facebook et Twitter au même moment de leur évolution. Sa croissance en terme de membres est effectivement plus fulgurante. Il a fallu 16 jours à Google+ pour atteindre son million de membres alors que pour Facebook a eu besoin de 852 jours et Twitter 780. Et aujourd’hui, il dispose de 25 millions de membres.

Ces chiffres donnent le tournis. Mais ils doivent être pris avec beaucoup de précautions.
1 – le contexte n’est pas le même qu’au moment de la sortie de Twitter ou de Facebook. Aujourd’hui, les Médias sociaux ont un fort degré de pénétration virtuellement et IRL. Ils battent le pavé haut et touchent une population immense, intéressent la plupart des internautes qu’ils soient technophiles ou pas.
2 – un bon démarrage n’est pas forcément garant d’un succès à moyen ou long terme. D’autant plus que Google a su faire un beau coup marketing autour du lancement de son média social… et il en a les moyens financiers.
3 – une meilleure connaissance du marché (il profite de l’expérience des autres) donc des attentes des internautes et des limites de l’offre des concurrents. Le service aura donc plus de chance de répondre à ces attentes et d’intéresser les prospects.
4 – on ne mesure jamais un succès sur la base d’un seul critère. Il faut croiser les résultats.
Alors qu’est-ce qui permettrait d’affiner la mesure ? Le fait que les inscrits à Google+ soient plus que des noms enregistrés dans une base de données : ils doivent être des utilisateurs actifs.
Justement, parmi les chiffres décevants des médias sociaux sortis cet été 2011 (cf. Perte d’adhérents pour Facebook et l’étude Gartner sur la lassitude à l’égard des médias sociaux), Bime Analytics permet de mieux analyser le succès de Google+. Selon lui 83% des utilisateurs de Google+ seraient inactifs, soit plus de 20 millions d’inactifs. Cela signifie qu’il y a bien eu un buzz autour de la sortie de Google+ qui a généré une vague d’inscriptions sans précédent mais qui n’a pas su retenir les internautes.
Là encore, différentes causes peuvent être avancées :
1 – le marché est très concurrentiel et les Internautes ont un temps de disponibilité pour les médias sociaux qui et finalement limité. Leur période d’utilisation n’est pas extensible à l’infini. Ils n’ont pas intérêt à multiplier les profils à moins qu’ils y trouvent une vraie plus-value pour eux.
2 – Facebook occupe une position dominante avec ses plus de 750 millions de membres. Il a un avantage. Et c’est difficile pour les Internautes d’aller vers un Google+ qui semble très vide et inactif comparé à l’agitation facebookienne.
3 – on en a souvent parlé ici et là, mais Google+ a du mal à sortir d’une cible Geek et masculine. Finalement, à part les cercles de réseaux, il y a peut-être une interface moins friendly user et agréable que les autres. Et n’oublions pas que pour une large partie de la population qui n’est pas particulièrement fan des ordinateurs et de tout ce qui est technique, changer d’espace peu être très troublant. Le changement n’est jamais facile.
4 – Google+ a misé sur les cercles et sur son bouton +1. L’un et l’autre sont finalement un pur produit marketing. Mais le partage n’est pas aussi simple qu’un click sur le bouton +1. Et quid des autres service de Google ? Reader, alerte, etc. La force de Google aurait été d’avoir déjà des passerelles entre tous ces espaces pour relier, par exemple, son google reader directement à son profil Google+. Mais rien de cela jusqu’à présent.
Alors est-ce que Google+ est déjà un échec ? Disons que son succès n’est pas aussi important que les chiffres véhiculés partout veulent bien le laisser croire. Mais même s’il dispose d’un peu plus de 4 millions d’inscrits actifs, ce serait un peu décevant pour un géant comme Google.
Et puis, comme l’a souligné l’étude Gartner, gardons à l’esprit que le nombre d’utilisateurs inactifs semble être un problème endémique pour les médias sociaux. Selon différentes études, Twitter aurait ente 71% et 57% d’utilisateurs inactifs. Quant à Facebook, difficile de savoir…
Quoi qu’il en soit, il faut laisser à Google+ le temps de faire ses preuves et de s’adapter. Laissons passer l’été, période plus calme pour le web et attendons de voir si Google a les moyens et les compétences de son ambition.
Pingback: Google+, déjà un échec ? | Gouvernance Web | médias sociaux, e-reputation et web 2 | Scoop.it
Pingback: La facebookisation de Google+ ou la googlisation de Facebook ? « Blog de l'Agence Vecteur d'Image